Année 2018

THÉORIE DU MEMBRE-FANTÔME - Le travail de la pensée ou les figures du corps

 

Livre de Béatrice MABILON-BONFILS

Les sciences sociales se sont construites, à l’ère de la raison triomphante, sur l’oubli de la question éthique et de la subjectivité du chercheur. Qu’est-ce que penser ? Construire le réel ou le décrire ? Ou bien encore ne peut-on connaître du réel que ce qu’il n’est pas ? Toute production de connaissance est prise de risques, risque de l’autre mais aussi risque de soi. Tout travail théorique traduit en théorie(s) angoisses, désirs, sympathies, et fantôme de soi. Et si toute activité de recherche comme d’ailleurs toute activité de création artistique n’était que mise en abîme ?
Entre psychanalyse et philosophie, la théorie du membre-fantôme interroge le statut du savoir contemporain. Puis l’ouvrage se propose d’en faire un levier d’analyse d’un parcours singulier de chercheure.
De tous les objets, ceux qui échappent sont les plus stimulants…

Revista Brasileira de Pesquisa (Auto)biográfica

 

Parution du numéro 8 - 2018 de cette revue brésilienne, dont l'éditeur exécutif est notre ami Elizeu Clementino de Souza, Universidade do Estado da Bahia, Brasil

Les écoles du Bonheur suivi de Cinq leçons pour apprendre à être heureux

 

Livre sous la direction de François DURPAIRE

Le laboratoire BONHEURS de l’Université de Cergy-Pontoise est le premier en Europe à approfondir cette question simple : peut-on apprendre à être heureux ?
Il initie une démarche innovante consistant à labelliser des dispositifs concrets. À quoi sert l’éducation au bonheur ? D’abord, à faciliter l’acquisition des connaissances. Ensuite, à préparer le parcours de vie des individus. Enfin, à pratiquer dès l’enfance des activités formant aux relations – à soi, à l’autre, à la planète. C’est le moyen le plus sûr pour fonder une société plus humaine.
C’est l’utopie réaliste de notre temps !

Poser le sac - Journal de grève cheminot 1995

 

Livre de Christian Verrier

Poser le sac est un journal tenu par un conducteur de train lors de la grève SNCF de 1995, qui s'est propagée à de nombreux secteurs de l'activité économique et des services publics français. Relatant la grève au jour le jour dans la plus grande gare d'Europe, la gare du Nord, il donne à suivre une lutte dans l'instant présent, qui débute, s'intensifie, gagne son combat, puis décline. C'est l'occasion de constater combien le présent et le passé social peuvent s'entremêler avec le souvenir de grandes grèves d'hier comme celle de 1986 dans la même gare. Combien également l'action revendicative rapproche des univers sociaux éloignés, qui peuvent se rencontrer le temps de quelques semaines de mise entre parenthèses du quotidien habituel. Ce texte est un exemple de « journal d'intensité » qui capte les moments forts d'une « période chaude ».

Dialogue sur le génie du travail social

 

Livre de Dominique DEPENNE, Michel Chauvière, Martine Trapon

Dans un contexte de réingénierie des formations et des métiers du social, trois personnalités de renom - diversement situées et engagées sur ce terrain - engagent ici un dialogue thématique sur les arcanes du travail social.
Trois points de vue – correspondant à trois cultures différentes - sur sept questions décisives du travail social : Michel Chauvière, chercheur sociologue, Dominique Depenne, de formation philosophique et Martine Trapon, assistante sociale, de culture psychanalytique, aujourd’hui directrice d’une école pour travailleurs sociaux.
Cet ouvrage explore le génie caractéristique du travail social, le terme «génie» étant à entendre dans deux acceptions indissociables :
- Le génie du travail social, ce sont des connaissances, des outils, des habiletés, acquis par la formation et l’expérience, visant la conception aussi bien que la mise en œuvre du social en actes, au service des citoyens en difficulté.
-  Le génie du travail social, c’est aussi l’accomplissement d’actions singulières et de grande qualité éthique au contact direct des personnes.

[avec Martine Trapon et Michel Chauvière, présentation du livre le mercredi 7 novembre 2018 à 18h30 à la librairie BASTA ! à Lausanne]

Revista Brasileira de Pesquisa (Auto)biográfica

 

Parution du numéro 7 - 2018 de cette revue brésilienne, dont l'éditeur exécutif est notre ami Elizeu Clementino de Souza, Universidade do Estado da Bahia, Brasil

L’engagement éthique en éducation et en recherche

 

Livre sous la direction de  Martine Janner-Raimondi et d’Alain Trouvé

Cet ouvrage de philosophie de l’éducation vise à interroger « l’agir de façon éthique » sur deux plans : un premier, théorique, sur l’engagement éthique autour des notions de sollicitude, de pratique de soi et de personne ; un second, pragmatique, visant à interpeller la posture du chercheur et du formateur dans les métiers adressés à autrui.
Ont contribué à ce volume : Véronique Haberey-Knuessi, Martine Janner-Raimondi, Julia Midelet, Didier Moreau, Tommy Terraz et Alain Trouvé.

Si la tradition philosophique ne distingue pas l'éthique de la morale, les questions inhérentes aux conduites à tenir interpellent encore et toujours les acteurs de l'éducation, de la formation et de la recherche. "Agir de façon éthique et responsable" implique de réfléchir non seulement au questionnement éthique en général, mais aussi à la nature et aux modalités de l'engagement des acteurs. Qu'en est-il du respect de la personne dans le cadre de la pratique d'autrui ? Quelles sont les limites de la sollicitude de l'agent, enseignant ou soignant ? Suffit-il de prendre en charge pour aider ? Comment conjuguer une nécessaire pratique de soi, propre à l'engagement éthique, avec les pressions institutionnelles ou managériales ? Qu'en est-il de la vulnérabilité du chercheur ?, etc. Autant de questions que cet ouvrage s'efforce d'expliciter et auxquelles il tente d'apporter des réponses, à la fois théoriques et pragmatiques.

Se développer comme professionnel dans les professions adressées à autrui

 

Livre de Joséphine Mukamurera, Jean-François Desbiens & Thérèse Perez-Roux

Les professions adressées à autrui partagent quelque chose de particulier qui les rend uniques et les complexifie à la fois. Loin d’être un simple travail intellectuel, elles comportent une forte dimension humaine, interactionnelle, émotionnelle et éthique où le rapport à l’Autre est central. Or, avec la complexification croissante des professions adressées à Autrui et de leurs conditions d’exercice, on peut s’interroger sur les nouvelles formes de professionnalité sollicitées dans le travail au quotidien, sur les difficultés des acteurs ainsi que sur les modalités d'accompagnement proposées à ces derniers. Cet ouvrage apporte un éclairage nouveau sur le développement professionnel dans les professions de l’humain, mettant à contribution une réflexion approfondie et des résultats empiriques. Il réunit des auteurs du Québec et de la France et compte 11 contributions correspondant à quatre réalités distinctes (enseignement, formation, santé et service social) traversées par une constante : la préoccupation de l’Autre. Les instances décisionnelles, les syndicats, les ordres professionnels, les acteurs de terrain et les institutions de formation y trouveront des pistes susceptibles de mener vers un développement professionnel de qualité et d’améliorer les pratiques dans les professions adressées à autrui où complexité, indétermination, intersubjectivité et enjeux éthiques pèsent de manière significative.

La France des Belhoumi - Portraits de famille (1977-2017)

 

Livre de Stéphane BEAUD (à paraître le 15 mars 2018)

Un livre de plus sur les jeunes « issus de l’immigration » ? Pour dénoncer les discriminations qu’ils subissent, sur fond de relégation sociale dans les quartiers « difficiles » ? Et conclure sur l’échec de leur « intégration » dans notre pays ?
Non. L’ambition de Stéphane Beaud est autre. Il a choisi de décentrer le regard habituellement porté sur ce groupe social. Son enquête retrace le destin des huit enfants (cinq filles, trois garçons) d’une famille algérienne installée en France depuis 1977, dans un quartier HLM d’une petite ville de province. Le récit de leurs parcours – scolaires, professionnels, matrimoniaux, résidentiels, etc. – met au jour une trajectoire d’ascension sociale (accès aux classes moyennes).
En suivant le fil de ces histoires de vie, le lecteur découvre le rôle majeur de la transmission des savoirs par l’école en milieu populaire et l’importance du diplôme. Mais aussi le poids du genre, car ce sont les deux sœurs aînées qui redistribuent les ressources accumulées au profit des cadets : informations sur l’école, ficelles qui mènent à l’emploi, accès à la culture, soutien moral (quand le frère aîné est aux prises avec la justice), capital professionnel (mobilisé pour « placer » un autre frère à la RATP)…
Cette biographie à plusieurs voix, dont l’originalité tient à son caractère collectif et à la réflexivité singulière de chaque récit, montre différents processus d’intégration en train de se faire. Elle pointe aussi les difficultés rencontrées par les enfants Belhoumi pour conquérir une place dans le « club France », en particulier depuis les attentats terroristes de janvier 2015 qui ont singulièrement compliqué la donne pour les descendants d’immigrés algériens.

Aperçues

 

Livre de Georges Didi-Hubermann

Choses vues, non, pas même vues jusqu’au bout. Choses simplement entrevues, aperçues. Êtres qui passent, souvent au féminin pluriel, comme la Béatrice de Dante, Laura de Pétrarque, la « nymphe » d’Aby Warburg, la Gradiva de Jensen et de Freud ou la « passante » anonyme des rues parisiennes selon Charles Baudelaire. Créatures ou simples formes qui surgissent ou qui tombent. Instants de surprise, ou d’admiration, ou de désir, ou de volupté, ou d’inquiétude, ou de rire. Impressions enfantines, deuils. Colères aussi. Réflexions esquissées. Instants critiques. Ou descriptions, tout simplement.
Phraser le passage des aperçues ? Comme un recueil de circonstances, de visions en bribes, d’émotions inattendues, de pensées qui s’inventent devant des choses ou des êtres apparaissants, apparus et, très vite, disparaissants, disparus. Une phénoménologie, une poétique, une érotique du regard s’esquissent. Tout cela devenu, sans crier gare, un journal sans continuité, un ensemble de récits sans personnages bien définis, un autoportrait sans visage unique.
Remonter ce journal en désordre. Découvrir, alors, qu’il était fait d’occasions (où les temps passent vite), de blessures (où les temps frappent fort), de survivances (où les temps reviennent toujours) et de désirs (où les temps adviennent pour un futur entraperçu).

ApercuesApercues [361 Kb]

A la rencontre de l'autre - Lieux, corps, sens dans les échanges scolaires

 

Livre sous la direction de Gilles Brougère & Christoph Wulf

Cet ouvrage analyse les dimensions spécifiques des échanges scolaires : un déplacement effectif dans un lieu et une réciprocité, chaque élève rencontrant son correspondant dans sa ville, son établissement scolaire, sa famille. Contrairement aux échanges à distance favorisés aujourd’hui par le développement d’Internet et qui conduisent à supprimer le déplacement et effacer les corps au profit de leur image, les échanges impliquent une rencontre des corps et la présence d’un lieu où ces corps se déplacent. Berlin, Paris, Lyon ne sont pas de simples décors mais des protagonistes de l’échange, proposant à la découverte, sur un modèle en partie touristique, des lieux porteurs de symboles, d’histoires, de valeurs et de désirs.

Les différentes contributions mettent ainsi l’accent sur le rôle du corps dans l’échange : le corps qui subit la fatigue des visites, le corps qui se livre à des rites et des pratiques mimétiques. Le corps est omniprésent dans cette exploration des lieux et de l’altérité et c’est ce qui fait que les apprentissages qui en résultent sont originaux, à la différence de l’éducation scolaire qui relègue le corps et les lieux autres que la classe au second plan.

TRACES DE MIGRATIONS INTERCULTURELLES - Kabylie, Haucourt-Saint-Charles, Gambie

 

Livre de Hassane Hacini

Ce récit retrace un parcours insolite, le témoignage d’une quête initiatique singulière. Dans un contexte de confusions identitaires, l’auteur invite à entrer dans une intrigue déroutante.

Rattrapé par les traces de la langue des ancêtres, c’est en Afrique de l’Ouest que le narrateur débutera une quête de sens qui le mènera à revisiter l’histoire de l’arrivée de ses parents dans le bassin sidérurgique de Longwy, son parcours de vie, les mémoires collectives qui structurent son imaginaire, et à accepter le caractère multiple de son identité en mouvement.

Entre fiction et réalité, passé et présent, mêlant poésie, émotions, analyses, descriptions, citations et photographies, ce récit à plusieurs entrées suscite des résonances, des échos, des ressemblances, des oppositions

Dans un contexte de confusions identitaires, l'auteur invite à entrer dans une intrigue déroutante. Il nous livre une quête identitaire à travers deux univers (familial et social), deux continents, deux langues et deux cultures, sans passer outre la colonisation française et la guerre d'indépendance algérienne en Kabylie où tout a commencé. Le narrateur débutera sa quête de sens, en Afrique de l'Ouest, qui le mènera à revisiter l'histoire de l'arrivée de ses parents dans le bassin sidérurgique de Longwy, son parcours de vie et à accepter le caractère multiple de son identité en mouvement.

 

                                                                 Le samedi 24 mars à 14h30, Traces d'avenir invite Hassane HACINI à nous présenter son livre - MAISON DES ASSOCIATIONS - 35 rue Saint GOTHARD - PARIS 14

(Dé)formation des enseignants

 

Magazine de l’éducation. N°3. Janvier 2018

D’une part ce numéro 3 s’intéresse aux changements et aux mutations à opérer en terme de formation de recrutement des enseignants. D’autre part, il questionne les interrelations entre les parents et l’école.

Entre accueil et rejet : ce que les villes font aux migrants

 

Livre de Michel Agier et Babels

3e titre de la collection « Bibliothèque des frontières » dirigée par Michel Agier, ce livre permet de mieux comprendre la diversité et la complexité des formes de l’accueil des migrants sur notre continent. Il nous fait saisir comment cet enjeu refaçonne les liens sociaux, les valeurs et les émotions collectives, et interroge les définitions pratiques de la citoyenneté prise dans un jeu de frontières. Dans un contexte d’anxiété identitaire qui se manifeste par la fermeture des frontières, le confinement et les expulsions, ce livre montre que la ville peut constituer un pôle de résistance et de contournement, voire de renversement des décisions de l’État central.

Il est constitué d’enquêtes claires et approfondies menées dans plusieurs grandes villes européennes (Paris, Copenhague, Berlin, Barcelone, Istanbul…), et de témoignages d’acteurs concernés (migrants, militants, observateurs directs…).

« Bibliothèque des frontières » est une collection de 7 titres dirigée par Michel Agier et Stefan Le Courant pour penser la violence des frontières contemporaines et réinventer les politiques d’hospitalité. Surinformés, nous pensons tout savoir sur les migrants et pourtant, le débat public n’a jamais été aussi loin de la réalité.« Crise migratoire », « afflux massif de réfugiés », « contrôle des frontières »... Toutes les informations que nous recevons jouent sur la peur et l’insécurité.Un décalage sans précédent avec les idées communes acceptées par tous les sociologues aujourd’hui, qui considèrent que l’immigration est positive économiquement, que ce sont les accords de Dublin qui ont favorisé la crise migratoire... Cette collection permet de faire bouger les lignes en rendant disponible l’état actuel des connaissances.

Cet ouvrage a été coordonné par Véronique Bontemps, Chowra Makaremi et Sarah Mazouz.

S’orienter dans un monde en mouvement

 

Livre sous la direction de Francis Danvers

Peut-on apprendre et s’orienter dans toutes les configurations de l’existence ? Quelle est la place du conseil en orientation ? Va-t-on, comme au Québec, vers des sciences de l’orientation ? Quelle serait la voie française en ce domaine ? L’orientation, au sens fort du terme, est un processus dynamique qui concerne tous les âges de la vie et englobe toutes les sphères de l’existence.

Jamais le sens des possibles n’a été en apparence aussi ouvert et le domaine des interactions sociales aussi multiple, en ce siècle de mobilité et d’apprentissage tout au long de la vie. Pourtant, le sentiment de désorientation domine, des inégalités d’accès persistent et les systèmes d’information de plus en plus performants à l’ère numérique ne sont pas nécessairement à la hauteur des attentes des publics auxquels ils s’adressent.

Pour la première fois, un colloque de Cerisy a réuni des chercheurs, des praticiens et de « grands témoins » autour d’une question vive : S’orienter dans la vie en croisant les regards dans une perspective transdisciplinaire et holistique. Placée sous le signe de la francophonie internationale avec un pays invité, Haïti, cette rencontre avait tout son sens en 2015, « Année internationale de la lumière (Orient) et des techniques s’y rapportant » sous l’égide de l’Unesco, dont l’un des grands défis contemporains est l’éducation.

Pour une photographie documentaire critique

 

Livre de Philippe Bazin

Engagé dans un projet artistique, Philippe Bazin prend parti et analyse des œuvres de Lewis Baltz, Allan Sekula, Martha Rosler ou encore Bruno Serralongue, ainsi que de photographes moins connus comme Géraldine Millo, David Marlé ou Mahaut Lavoine.
Les textes rassemblés créent une unité de réflexion autour d'une photographie critique des contextes historiques, esthétiques et idéologiques dans lesquels elle se crée aujourd'hui, une " photographie documentaire critique ". Mais la critique vient aussi des confrontations, frottements et écarts qui, dans les œuvres, ouvrent un espace réflexif pour les spectateurs.
Chaque texte ouvre une nouvelle facette de cette photographie, alors que l'ensemble est introduit par un texte qui entend proposer une méthodologie de travail, une " attitude documentaire ".
Le livre explore ainsi les apports d'une posture critique, dans tous les sens du terme – appréciation, épreuve, seuil, distance, tension, crise, analyse – et s'achève par la formulation d'un " manifeste documentaire " (écrit avec la philosophe Christiane Vollaire). Conscient des aspects polémiques que sa position pourrait susciter, l'auteur souhaite ainsi participer aux discussions sur la place des images photographiques dans l'espace public. À ce titre, l'ouvrage intéressera toutes celles et tous ceux qui s'interrogent sur le rôle possible de contre-pouvoir de la photographie documentaire.

Les coupes

 

Livre de Muriel Martin, Philippe Bazin et Marie-Hélène Lafon

Ce livre documente la vie d'une exploitation agricole familiale en Bourgogne en 2015. Relevant d'une approche à la fois photographique, ethnologique et littéraire d'un lieu unique, ce livre est composé du travail photographique de Philippe Bazin et de deux textes inédits de l'écrivaine Marie-Hélène Lafon et de Muriel Martin, fille aînée de la famille.

"Des photos comme si c'était toujours l'été aux Coupes, un été irrémédiable, des étés grillés, noyés de lumière, une lumière blanche et verte qui tutoie et sature les arbres, les bâtiments, les machines et leurs lignes têtues, presque joyeuses, dansantes, une lumière vouée aux corps des choses, des bêtes, et des gens, hommes femmes enfants. [...] Muriel fait vaillamment tout ce qu'elle fait. Elle a écrit, elle a donné forme à la coulée de mots qui poussait en elle sa pointe de feu. Grâces lui soient rendues. Grâces soient rendues aux vivaces, aux tenaces, aux vaillants qui font les jours moins ténébreux." (M.-H. Lafon)

La ferme du lieu-dit Les Coupes de Pouligny, exploitée par la famille Martin, se trouve dans la Nièvre. L'ouvrage documente les travaux et les jours de cette exploitation pendant l'été 2015, partagée entre modernité et tradition, évolution et transmission. Il est le résultat d'une approche à la fois photographique, ethnologique et littéraire d'un lieu unique.
Muriel Martin, fille aînée de la famille, a écrit de manière spontanée au vu des photos de Philippe Bazin. Son texte se situe entre témoignage et engagement et contient une indéniable dimension sociologique et littéraire. C'est l'expression d'une voix qui vient du terrain, de ceux qui, habituellement, ne prennent pas la parole.
L'écrivain Marie-Hélène Lafon a séjourné dans ce lieu et propose, dans sa préface, une " entrée " dans l'intimité de ce corps de ferme.
Le livre installe un lien sensible entre images et paroles et révèle la rigueur éthique et esthétique des travaux documentaires de Philippe Bazin. Il constitue une monographie exemplaire de ce micro-monde de la vie rurale.

LesCoupesLesCoupes [106 Kb]

Pour une philosophie de terrain

 

Livre de Christiane Vollaire

Ce petit livre condense sous la forme d’un manifeste une réflexion inédite sur la « philosophie de terrain ». Cette locution semble de prime abord un oxymore, tant le terrain caractérise cette part des sciences humaines qui se distingue de la philosophie.  Cependant, la tradition philosophique elle-même, y compris ses courants « idéalistes », ne cesse de s’inquiéter de sa relation à l’empirique, de ses effets sur le monde autant que de la manière dont le réel bouscule ses présupposés. Les années 2000 sont propices à interroger ce rapport au terrain, à questionner les pistes qu’il ouvre à une philosophie politique soucieuse d’interroger, comme le proposait Gramsci, les fonctions de l’intellectuel et ses instrumentalisations possibles. Se refuser à être un organe de pouvoir conduit à utiliser le travail de terrain comme fer de lance critique. Une telle critique devra aussi porter sur la partition sociale qui autorise la position philosophique elle-même : celle qui, dissociant le travail intellectuel du travail « manuel » ou technique, semble accorder au premier non seulement une préséance hiérarchique, mais plus encore un monopole de la pensée. Cette partition ne concerne pas seulement la philosophie, pour laquelle la question du terrain n’a jusqu’ici pas été posée de façon centrale, mais l’ensemble des sciences humaines. Celles-ci considèrent en effet la pratique de l’entretien comme un matériau d’investigation, mais non comme le moment d’une réciprocité de la réflexion. Le concept d’une philosophie de terrain conduit donc à penser une politique de l’entretien et à considérer celui-ci, au-delà du simple témoignage,  comme l'élaboration d'une expérience spécifique de pensée. Les textes des entretiens n’ont pas le statut d’annexes, mais celui de référents du discours, au même titre que des citations d’auteurs : ils participent de la construction des concepts. La distance établie par la philosophie ne peut pas être un hors-sol. Le premier temps du parcours montre que cette proposition se distingue à la fois d’une tradition philosophique dominante et des usages du terrain dans l’ensemble des sciences humaines. Le deuxième temps met en évidence les précédents que constituent les démarches d’une autre tradition philosophique qui en a posé les jalons : chez Spinoza, Marx et Engels, Simone Weil, Arendt et Foucault, mais aussi chez Bourdieu. Le troisième moment aborde les expériences du terrain et leur formalisation à partir de trois exemples (en Égypte, au Chili et en Bulgarie) avant de poser la question d’une politique de l’entretien et de soulever les problématiques esthétiques liées à la démarche documentaire.