Novembre 2019

Qui est nous ?

 

Du 14 Octobre au 10 Novembre, une exposition de Philippe Bazin et Christiane Vollaire à la Maison de la Photographie Robert Doisneau -1, rue de la Division Général Leclerc 94250 Gentilly D’emblée, ce titre interroge. Qui est en effet ce nous ? Les auteurs du travail exposé qui se questionnent ? Philippe Bazin, photographe et Christiane Vollaire, philosophe, font œuvre commune depuis 1999 sur les terrains de la migration et de l’exil. Ou qui nous questionnent, nous les regardeurs, sur notre « prendre part » à la construction d’un monde régi par des politiques néo-libérales édifiées sur des rapports de domination ?

Les deux auteurs nous engagent dans une réflexion critique sur nos positionnements éthiques et politiques, nos actes citoyens. Qui est ce nous, première personne du pluriel ? Pour y répondre, Philippe Bazin et Christiane Vollaire nous décentrent des discours médiatiques et des illustrations journalistiques et nous montrent un monde à rebours des représentations courantes de migrants véhiculées par une presse avide de sensations.
Ils donnent à entendre les rapports que tissent les hommes avec les structures qui régissent leurs existences et comment, en tant que sujets agissants, ils construisent un espace commun par des solidarités actives, comment ils se dressent, comment ils résistent, comment ils ne renoncent pas, comment ils existent. On est loin ici du photoreportage, peut-être que finalement il n’y a rien à voir sur les images de Philippe Bazin mais tout à sentir, à pressentir, à deviner, à comprendre. Elles sont une invitation à entrer dans l’image, à dépasser sa surface plane, à prendre le temps de lire les mots qui accompagnent les photographies, de les écouter, de regarder les visages et de « prendre part » : c’est là que se construit un « nous » qui inclut le regardeur, générant une transformation de soi pour une transformation du monde.
L’entreprise de Philippe Bazin et de Christiane Vollaire est avant tout un travail de terrain à dimension critique, empreint d’une éthique politique. C’est la reconnaissance de l’expérience vécue et de la parole des sujets, de leur égale dignité et capabilité dans l’espace public, et c’est le partage de cette démarche de rencontre et de reconnaissance dans une photographie documentaire qui allie images et paroles. C’est le pari qu’ils se donnent et qu’ils tiennent : construire de la pensée à partir de situations concrètes de terrain, les vivre, en attester et renverser les esprits. Déconstruire et re-présenter pour un éveil politique.

L’exposition prend la forme d’un « montage » sur deux étages selon un parcours que Philippe Bazin et Christiane Vollaire nous proposent un parcours allant de « La radicalisation du monde » au rez-de chaussée à « Femmes militantes aux Balkans » et « Solidarités en Grèce » au premier étage.
« La radicalisation du monde » montre avec une précision chirurgicale des visages de vieillards, de nouveaux-nés, d’adolescents photographiés dans des lieux institutionnels. Travail réalisé entre 1980 et 2003 par Philippe Bazin, ces visages nous atteignent, leur gravité nous touche. Ils nous renvoient à notre condition humaine, leur exposition tient de leur singularité. Ils sont sujets, ils agissent sur notre conscience, c’est un « nous » qui se noue ...

Mémoires et patrimonialisations des migrations

 

Période : du 21 novembre 2019 au 18 juin 2020 -3e jeudi du mois de 13 h à 17 h sauf la séance du 19 décembre 2019 -Lieu : salle 10, EHESS, 105 bd Raspail 75006 Paris

Depuis 2010, le séminaire « Mémoires et patrimonialisations des migrations » développe une réflexion théorique et empirique sur les articulations entre mémoires singulières des migrations, mémoires collectives et patrimonialisations. Cette année, il portera sur deux thèmes :

1. les liens entre accueil des migrants, mémoires des migrations et rapports au passé. Il s’agit d’interroger le rôle des expériences passées, liées aux déplacements, et la place de la connaissance de l’histoire des migrations dans les représentations et les réactions actuelles, individuelles et collectives, face à l’arrivée des migrants. Inversement, dans quelle mesure les nouvelles formes de migrations ont-elles un impact sur les représentations des passés migratoires ? La réception des initiatives mémorielles et patrimoniales, les liens entre public, artistes ou plus largement acteurs culturels et chercheurs, notamment autour des films, feront ici l’objet d’une attention particulière 

2. les patrimoines dits « communs », définis comme les artefacts matériels appartenant à l’histoire culturelle d’une population, que celle-ci a laissé derrière elle à la suite d’une migration – généralement forcée – ou d’un crime de masse / génocide, et dont d’autres se retrouvent dépositaires. Nous interrogerons les actions institutionnelles et les initiatives alternatives, notamment artistiques visant à la production d’un commun, à partir de ce patrimoine culturel (re)découvert, réintégré et repensé comme national et partagé dans des espaces sociaux où les populations concernées ne sont plus ou peu présentes

KLAVDIJ SLUBAN expose

 

Du 19 octobre au 5 janvier 2020,

KLAVDIJ SLUBAN exposera à la 10ème édition du Festival de créations photographiques « Deauville Planche(s)-Contact »
et signera son livre avec Christine Delory-Momberger sur la stand André Frère Éditions à Paris Photo Grand Palais le samedi 9 novembre à 18h30

Un film de présentation de Sloban

Fiction/Non-fiction : que dit la traduction ?

 

Un séminaire du TRACT, Sorbonne nouvelle - salle 16 à l'Institut du Monde Anglophone (5 rue de l'École de Médecine - 75006) de 17h30 à 19 heures aux dates suivantes (des changements de date ou de lieu sont toutefois possibles selon la disponibilité des intervenants) :

  • Jeudi 14 novembre 2019
  • Jeudi 12 décembre 2019
  • Jeudi 23 janvier 2020
  • Jeudi 27 février 2020
  • Jeudi 12 mars 2020
  • Jeudi 16 avril 2020
  • Jeudi 14 mai 2020
  • Jeudi 18 juin 2020

Dans la continuité de deux années consacrées à la traduction de la pensée française dans le monde, le TRACT poursuit son cycle « Traduire le contemporain » en s’intéressant à la place de la traduction dans la circulation des textes appartenant « aux territoires de la non-fiction » pour reprendre le titre du colloque organisé en 2017 par le Pôle HALL d’USPC. Si la problématique des frontières entre fait et fiction (Lavocat, 2016) ou de la représentation de la réalité dans les textes de non-fiction peut sembler déjà ancienne, comme le montrent les travaux de Barthes (1984), Searle (1979) ou Schaeffer (1999), il semble toutefois que la question générique soit aujourd’hui au cœur de questionnements et débats nationaux et internationaux, comme l’illustre la récente polémique ayant opposé au sein de la New York Review of Books l’historien américain Robert Paxton et l’écrivain français Eric Vuillard, autour de son roman historique L’ordre du jour .

Autre signe des temps dans ce dialogue transatlantique, la publication récente d’un article du New Yorker s’interrogeant sur la tradition du faux littéraire et son aspect éthique dans la foulée de la publication de Impostors de Chistopher L. Miller (2018), étude sur la pratique de la fausse autobiographie dans la littérature française et américaine présentée comme une usurpation identitaire. S’il pourrait être tentant de n’y voir qu’une coïncidence, ces exemples interrogent bel et bien des concepts centraux de la critique de tradition francophone : qu’en est-il de la « mort de l’auteur » à l’époque du « capital biographique » (Delory-Momberger, 2009) et des débats sur l’intersectionnalité et l’appropriation culturelle, du « pacte de lecture » face au triomphe de l’authenticité, notamment aux Etats-Unis, ou encore des distinctions entre feintise, tromperie et représentation (Schaeffer, ibid.) face au danger des fake news et autres manipulations éditoriales ? Pour le dire autrement, où en sommes-nous dans le jeu entre réalité et fiction au sein de l’écriture et quelle place la traduction tient-elle dans celui-ci ? ...